Noémie, une lectrice de Rue89, était installée dans une salle de l’UGC Opéra, à Paris, samedi soir. Des policiers débarquent alors pour appréhender une femme entrée dans la salle avec une boisson achetée à l’extérieur. C’est la troisième fois en quelques jours que des policiers interviennent dans des salles UGC, pour différents motifs prévus par le règlement du réseau : infiltration d’enfants de moins de trois ans ou introduction d’aliments et de boissons achetés à l’extérieur.
Pendant la séance, Noémie nous a fait parvenir ce message depuis son téléphone portable (nous avons rectifié les accents) :
« Je suis a l’UCG Opéra au moment où j’écris. Je viens d’assister à quelque chose d’hallucinant : UGC a fait venir la police dans le ciné car une jeune femme est entrée avec une canette de soda non achetée dans l’établissement. Elle a payé ses places et son ami a consommé un Coca acheté au ciné. Elle n’a pas accepté de sortir et la salle l’a soutenue. Un procès-verbal leur a été dressé. »
Nous lui avons alors demandé de préciser son témoignage, ce qu’elle a fait ce dimanche, par e-mail :
« Tout cela s’est passé hier soir donc le 13 février 2010, pendant les bandes-annonces de la séance de 19h30 du film “In the Air” à l’UGC Paris Opéra. Nous étions tranquillement installés avec mes amis quand il y a eu du remue-ménage au bout de notre rangée, le premier rang exactement.
Il y avait le directeur de l’UGC et trois policiers en civil avec brassards. Ils étaient auprès d’un jeune couple (entre 25 et 30 ans). Ils ont commencé par parlementer sans faire de bruit quand la jeune femme a expliqué au policier que si le directeur les avait appelés c’est parce qu’elle avait une cannette de Coca Cola dans son sac à main qu’elle n’avait pas achetée dans le cinéma. Elle a expliqué qu’elle et son ami ne sortiraient pas puisqu’ils avaient payé 20 euros pour les deux places et que son ami avait consommé un Coca provenant de l’UGC.
Les policiers ont continué à leur demander de sortir, ils ont persisté dans leur refus. La salle étant assez petite, la raison de la présence des policiers a été vite sue par tout les spectateurs qui ont commencé à protester vivement en disant que c’était n’importe quoi. Certains criaient même “Dehors ! ” aux policiers et au directeur, d’autres disaient qu’il était scandaleux de voir des policiers au nombre de trois en plus pour prendre la tête d’honnêtes gens quand ils n’osent plus aller dans certains quartiers ou qu’ils ne viennent plus lors d’agression.
Les policiers ont encore parlementé, accusant le couple de déranger les spectateurs, le film a commencé et les spectateurs ont encore protesté pour que les policiers sortent. Des spectateurs ont aussi pris le directeur du cinéma à partie, celui-ci leur a répondu assez sèchement de se mêler de leurs affaires, que cela ne les concernait pas. Le ton du directeur était dépourvu de toute courtoisie.
Les policiers, assez mécontents de ne pas être suivis dehors par le couple, ont déclaré : “Puisque que vous le prenez comme ça, contrôle d’identité”. Les deux jeunes gens ont alors donné leurs cartes d’identité dont les policiers ont relevé les numéros pendant que le film débutait. Ne pouvant les faire sortir, ils leur ont dressé un procès verbal avant de quitter la salle, laissant le jeune couple tranquille. Mon amie était du coup terrifiée, elle avait une bouteille d’eau et un brownie qu’elle n’a pas osé sortir de tout le film de peur d’avoir elle aussi affaire à la police si un employé de l’UGC s’en apercevait.
Quant à moi, j’ai immédiatement sorti mon iPhone pour vous contacter, étant donné que vous aviez parlé de l’affaire de la famille et des enfants, j’ai passé la moitié du film à contacter les médias, trouvant ça scandaleux. »
Commentaire 1 :
Que venait faire la police dans un lieu privé?
Quant aux justifications sans fin de ceux qui s’estiment dans leur bon droit, elle ne sont pas recevables en l’état.
Cela ressemble aux élèves qui discutent sans fin un règlement intérieur d’une école.
Les meilleurs soutiens d’un état policier lorsqu’il ne sont pas directement concernés.
Toute réaction est bonne à prendre et le mécanisme d’un refus à plusieurs est bien souligné ( phase de flottement, retrait piteux des forces de l’ordre mais rancune et poursuites à venir, à la fin tout rentre dans l’ordre et les médias sont alertés ).
Commentaire 2 :
Bien sur mais dans d’autres endroits aussi se dessine l’état policier.
Pourquoi cet évènement a t’il eu les faveurs de l’existence médiatique ?
La classe moyenne bien-pensante et bien dans ses baskets se voit prise à partie par des flics.
Quel scandale !
De plus cela fait partie du désormais fameux scandale des gardes à vue qui de par leur nombre commence à toucher la aussi ces apprentis bobos pour qui le monde se sépare en gens sympas et gens pas sympas ( Benasayag dans Sine Hebdo ).
La ils viennent de se rendre compte que les flics ne sont « pas sympas ».
Leur conscience progresse, dans quelques millénaires on aura droit peut-être à un mouvement d’humeur qui leur fera hausser le sourcil.
La révolte des voyageurs lorsqu’on ramène dans leur avion des reconduits a été matée promptement par des gardes à vue systématiques qui ont réduit toute velleité de poursuivre dans cette voie.
La il s’agissait uniquement de pouvoir voir son film tranquille, mission accomplie.
De plus le message est passé, dorénavant pour ne pas faire pleurer les employés sympas de l’UGC, ils achèteront leur coca la ou il faut.
Voila le début du scénario du film qu’ils allaient voir :
Synopsis : L’odyssée de Ryan Bingham, un spécialiste du licenciement à qui les entreprises font appel pour ne pas avoir à se salir les mains. Dans sa vie privée, celui-ci fuit tout engagement (mariage, propriété, famille) jusqu’à ce que sa rencontre avec deux femmes ne le ramène sur terre…..;
Commentaire 3 :
Plusieurs angles possibles pour décrire ce que pourrait être un bobo.
Dans ce que tu m’envoie le bobo est décrit selon l’utilité qu’il a pour que ce système se perpétue.
Devant fournir un travail d’expertise, celui-ci le disqualifie pour apparaitre comme le « grand architecte » de ce système.
C’est pourtant cette position intermédiaire qui explique ce besoin récurrent ressenti par les bobos de s’installer dans des quartiers anciennement ouvriers.
Le bobo joue à faire l’ouvrier pour signifier dans le plan du symbolique que sa place il l’a gagné à la sueur de son stylo et que ses origines familiales le relie quelquefois à ce milieu.
Le côté décalé de sa consommation ne prouve qu’une chose : sa relative aisance et de cette aisance la survenue récente.
C’est pourquoi quand tu m’as fait passer l’info sur l’irruption des flics dans la salle, j’y ai vu plusieurs choses qui rattachaient ce groupe a des bobos :
le type de film vu ( une comédie américaine ou l’on montre le gentil quotidien d’un expert en licenciement ).
le type de consommation un coca.
la réaction en groupe, preuve que celui-ci se sentait homogène et non pas soudé par une réprobation de ce qui se passait.
le recours aux « moyens modernes de communication » ( un Iphone surement ) pour alerter qui suppose de faire partie d’un réseau ou se trouvent des journalistes sinon comment passer le filtre qui permet à une info arrivant par portable de se retrouver dans les médias.
Benasayag montre bien le coté déréalisé qui constitue leur façon de voir ce qui se passe autour d’eux et le côté non introspectif des termes « sympas » et « pas sympas » ( on pourrait dire binaire ).
L’intrusion du réel ( incarné par des flics ) dans une salle dédiée à la culture ( incarnée par une comédie américaine ) leur permettant de pousser un vagissement de révolte « pseudo-dérangeante » ne qualifie en rien ce groupe pour être une prémisse d’une opposition à cet état policier.
Maintenant je peux totalement me tromper et appliquer l’étiquette à un endroit ou elle n’a pas lieu, je le concède aisément.
Il me semble aussi tellement normal que des flics se baladent dans les travées de ces multiplexes que je ne vois pas qui pourrait s’en offusquer quand on les laisse se balader en toute liberté dans les gares, les rues et autres lieux publics.
Commentaire 4 :
Je reconnais l’amalgame par le fait que ce monde me désespère et que la contestation ne s’est pas faite sur la question de la présence des flics, mais sur les conditions de leur intervention ( on n’embête pas des personnes insérées à ce point dans la société ) ou si on le fait c’est dans le commissariat ou les flics ne manqueront pas de les convoquer puisqu’ils ont pris leur identité pour les inculper surement d’outrage et de rébellion.
Le conformisme assigne aux flics une place qu’il leur rappelle : protéger la société suppose de veiller à ses marges.
Affaire à suivre sous cet angle.